On utilise le mot « informel » comme si c'était un défaut. Le marché informel, l'économie informelle, l'emploi informel. Comme si le fait de ne pas être enregistré, structuré, taxé, rendait une activité moins légitime. Pourtant, c'est ici que la majorité des Togolais — et des Africains — vivent, travaillent, et créent de la valeur.
L'informel est une stratégie, pas un accident
Les gens qui travaillent dans le marché informel ne le font pas toujours par choix. Mais ceux qui y restent et prospèrent le font souvent par stratégie. L'absence de structure administrative est un avantage : pas de frais fixes, pas de paperasse, pas de délais. L'agilité est le produit du système, pas son défaut.
Un vendeur de Lomé peut changer de produit en une semaine. Un atelier de couture peut pivoter vers un nouveau style en fonction de la demande. Cette capacité d'adaptation est un actif que beaucoup d'entreprises formelles envieraient.
Ce qui manque pour passer à la vitesse supérieure
Le marché informel ne manque pas d'ambition. Il manque d'outils. Pas des outils sophistiqués — des outils simples, accessibles, pensés ici. Un système de comptabilité adapté à un commerçant. Un moyen de documenter ses transactions pour construire un historique de crédit. Un canal de distribution au-delà du marché physique.
Le mobile money a été le premier pas. Le prochain, c'est l'équipement numérique adapté — pas les outils de Silicon Valley, mais des solutions conçues avec et pour les commerçants du marché de Lomé.
L'opportunité de la formalisation choisie
La formalisation n'est pas l'ennemi de l'informel. Elle peut être un choix stratégique. Pas une obligation imposée de l'extérieur, mais un outil au service de la croissance. Se formaliser pour accéder à un crédit. Pour signer un contrat plus important. Pour protéger ses employés. Pour être visible dans le circuit économique formel.
La clé, c'est que la formalisation vienne d'une demande réelle, pas d'une pression administrative. Et que les benefits soient immédiats, pas théoriques.
Ce que je vois dans mon travail
En travaillant avec des commerçants et des artisans, je vois souvent le même schéma. Un outil simple — un formulaire, un tableau de bord, un système de relance — change considérablement la productivité. Pas besoin de refondre le modèle économique. Juste d'ajouter une couche numérique légère, qui rend visible ce qui existait déjà.
Le marché informel n'a pas besoin d'être réinventé. Il a besoin d'être accompagné. Et cet accompagnement, il peut venir d'une nouvelle génération de techniciens et de créatifs qui comprennent les deux mondes — celui du code et celui du marché.
Le vrai changement
Le vrai changement ne sera pas un grand programme gouvernemental ou une start-up à plusieurs millions. Il sera la somme de petits gestes : un commerçant qui adopte un outil de gestion, un artisan qui vend en ligne, un technicien qui forme son quartier. Le changement est déjà en marche. Il est juste silencieux.