Au Togo, comme dans la plupart des pays d'Afrique de l'Ouest, le marché informel n'est pas une exception. C'est la norme. On estime que plus de 80 % de l'emploi y est informel. Pourtant, quand on parle d'économie, on regarde souvent ailleurs — vers les grandes entreprises, les zones industrielles, les investissements étrangers.
Ce que le marché informel représente vraiment
Le marché informel, c'est la mère qui vend du kenkey au bord de la route. C'est le mécanicien qui répare les motos dans un hangar sans enseigne. C'est la couturière qui prend ses commandes par WhatsApp. Ce n'est pas un secteur de surplus ou de pauvreté : c'est le moteur réel de l'économie.
Dans mon entourage, la majorité des gens gagne leur vie ainsi. Pas parce qu'ils n'ont pas de diplôme, mais parce que le marché formel n'offre pas assez de places — et parce que le marché informel récompense directement l'effort et l'initiative.
Les forces qu'on sous-estime
La résilience. Un vendeur informel s'adapte vite. Il change de produit, de lieu, de fournisseur, sans procédure administrative. Cette agilité est un avantage compétitif que beaucoup d'entreprises formelles n'ont pas.
La connaissance du terrain. Le commerçant du marché de Lomé connaît sa clientèle, ses habitudes, ses moyens. Cette intelligence locale vaut plus qu'un tableau Excel rempli à distance.
Le réseau de confiance. Les transactions informelles reposent sur la parole, la relation, la réputation. C'est un système de confiance qui fonctionne, même sans contrat écrit ni caution bancaire.
Les limites qu'il faut voir
Le marché informel a aussi ses faiblesses, et il serait malhonnête de les ignorer. Pas de protection sociale. Pas d'accès au crédit formel. Pas de visibilité fiscale, ce qui exclut de certaines opportunités. Et une vulnérabilité face aux aléas — une saison difficile, un cambriolage, une maladie peut tout faire basculer.
Le problème n'est pas le marché informel lui-même. C'est le manque de structure autour. Les outils existent aujourd'hui pour changer ça, si on les déploie avec intelligence.
Ce que le numérique peut changer
Le mobile money a déjà transformé le commerce informel. Le prochain bond, c'est l'outillage numérique : un système de gestion simple pour un commerçant, un tableau de bord pour suivre ses ventes, un moyen de crédit basé sur son historique réel plutôt que sur un bulletin de salaire.
Ce n'est pas de la tech pour la tech. C'est de la tech pour rendre visible ce qui est déjà performant. Le marché informel ne a pas besoin d'être remplacé. Il a besoin d'être équipé.
Ce que j'en retiens
Travailler avec et pour le marché informel m'a appris que l'innovation n'est pas toujours spectaculaire. Parfois, c'est un formulaire WhatsApp qui remplace un cahier de commandes. Un graphique qui montre les tendances de vente. Un rappel automatique pour un client. Des gains modestes qui, multipliés, changent la vie d'un commerçant.